Une exigence éthique au sein même de la profession
Dans
son article "Le journalisme au défi d'Internet" (Le Monde diplomatique,
octobre 1997), Angelo Agostini
rappelle l’ “ indispensable exigence éthique
” du journaliste, même sur Internet. La presse écrite doit
conserver ce
qui fait sa force et sa crédibilité
: ses méthodes de travail, sa capacité d’analyse et
de mise en perspective. Le risque
d'Internet est la perte de cet effort
d’investigation, garantie de la qualité de l’information, car la
contrepartie de la
rapidité de l’information est le
manque d’analyse.
En
effet, si le rôle du journaliste est d'informer, il est plus profondément
de trier l'information. C’est là que se
situe sa première éxigence
éthique.
Si
Internet impose une mutation radicale des supports d'information, il semble
représenter, davantage qu'une
menace, un défi, voire une chance
pour la profession de journalisme. Le journaliste ne perdra pas sa mission
première,
qui est de vérifier, ordonner et
traiter l'information. Le grand public aura toujours besoin des journalistes
pour traiter
la masse d'informations disponibles sur
Internet, en vérifier le bien-fondé et choisir les plus importantes
(étude de
Valérie Kaimaki, citée dans
les Cahiers du journalisme). Cette exigence éthique est valable
pour les versions papier
autant que pour les versions en ligne.
Les « chiens de garde » du net en matière de journalisme
Le
contrôle des dérives sensationnalistes de prétendus
journalistes est effectué par les journalistes eux-même,
qui n’hésitent pas à dénoncer
ce qu’ils considèrent comme une menace. On a choisi de retenir deux
groupes
caractéristiques de cette tendance.
Les Ecoles de journalisme ?
Le journalisme
sur Internet étant une réalité, il est nécessaire
de donner aux étudiants en la matière un enseignement
spécifique. On peut penser que
de tels enseignements auront un impact positif sur l’éthique des
journaux en ligne
futurs : comme on l’a vu, le CFPJ de Lille
s’est inquiété du devenir de la profession d’un point de
vue moral et
éthique et veut dès maintenant
prévenir les éventuelles dérives en organisant des
journées de réflexion sur le thème,
c’est à dire en sensibilisant les
journalistes de demain.
On ne peut pas
en dire autant de toutes les écoles : aux Etats Unis en particulier,
les cours de journalisme en ligne,
dispensés par une vingtaine d’universités,
s’attardent plus sur le management, la gestion ou d’initiation à
la Bourse que
sur des questions éthiques. Lors
d’un colloque à Berkeley (la prestigieuse université non
loin de San Francisco, berceau
des publications Internet les plus connues
comme Salon ou Wired) intitulé « Journalisme en ligne : du
medium au
message », il était plus
question de stock-options que de soucis ethiques, notamment par rapport
à la question de
l’indépendance par rapport aux
annonceurs. Il ne faut cependant pas généraliser le phénomène
à toutes les universités
américaines : l’Ecole de communication
Annenberg à Los Angeles est à l’origine d’un site de référence,
l’OJR.
occupe une niche unique sur le Web, celle
de « chien de garde » de l’évolution des sites d’information
sur Internet,
chargé de sonner l’alarme en cas
de dérive. Ce site, un peu austère il est vrai, explore les
tendances et tente de
répondre aux questions éthiques
posées par le journalisme en ligne. OJR veut multiplier les partenariats
avec des
écoles de journalisme du monde
entier pour rendre compte du développement de journalisme en ligne
en dehors
du continent Nord Américain.
Toutes les explications et motivations
de l’équipe d’OJR sur http://www.ojr.org
Si Matt Drudge symbolise les dérives
du Net en matière de journalisme, OJR incarne la régulation
de ces
dérives avec brio.