Fragmentation
de la lecture et auto-information :
une
remise en cause de la fonction du journaliste et de son éthique
?
Tout
cela ne dessine-t-il pas un paysage dont le journaliste
disparaît
progressivement?

Beaucoup d'indices montrent que le système médiatique tend
aujourd'hui à se passer de journalistes et
donc de l’éthique
que ceux-ci sont censés apporter. Alors que montait au sein de la
société la puissance des
médias, ils
ont vu leur situation se dégrader; ils sont victimes de la massification
de la profession, de la
précarisation.
Internet, l’Hypermarché de l’information
De plus en plus se répand l'idée que l'information, en raison
de son abondance, doit tendre vers la gratuité
(les infos à
la radio ou à la télévision sont déjà
gratuites pour ainsi dire, seuls les journaux papier sont encore
payants).
Internet (qui fait de la gratuité une culture) renforce cette
idée, n'importe qui peut désormais y trouver
l'information qu'il
cherche, et chacun peut diffuser l'information qu'il veut. Le lecteur participe
ainsi à l'écriture
de l'article qu'il
lit et peut construire lui-même la matière de ses informations
de manière interactive, en sautant
librement d'un document
à l'autre, grâce aux liens hypertextes.
Le journaliste est conduit à renvoyer plus ou moins systématiquement
aux différents sites dans lesquels il
a puisé l'information.
Sa fonction est donc menacée puisque, sur Internet, chaque surfer
peut endosser la
casquette de journaliste.
Sur les sites des entreprises ou des institutions, il existe bien souvent
un lien "Presse" que tout le monde
peut consulter.
Les journalistes ne sont plus les détenteurs exclusifs des sources
d'information et ne peuvent
plus revendiquer
vraiment leur qualité d'intermédiaire entre le public et
les émetteurs de l'information. Chaque
individu peut devenir,
théoriquement, un média planétaire, un concurrent
de CNN. Tout le système médiatique
tend actuellement
à faire de n'importe qui (un témoin d'un drame, une victime
d'une tragédie, un spécialiste
d'un domaine quelconque,
etc., etc.) un journaliste. Les professionnels en sont réduits à
être des porte-micro,
des porte-plume
ou des porte-caméra. Leur mission est moins de garantir la vérité
que de simplement transmettre
les faits, comme
un instrument technique.
Il y a l'idée qu'en matière d'information (comme dans le
domaine général de la consommation) le mieux
c'est le "self service",
il faudrait se servir soi même (comme dans un hypermarché),
s'auto informer. Les
professionnels en
sont de plus en plus réduits à disposer les infos sur les
gondoles des médias pour que les
gens se servent
en fonction de leurs goûts...
Matt Drudge fait l’apologie de cette tendance :
«
L'Internet va sauver le news business. J'entrevois un avenir où
il y aurait 300 millions de reporters, où
n'importe qui de n'importe où pourrait, pour n'importe quelle
raison, faire un reportage. C'est la liberté
de participation entièrement réalisée.
».
Ses
prévisions pourraient bien tourner au cauchemar, dans la dislocation
du métier de journaliste et
l'avalanche
d'informations.