La conséquence : des problèmes de fiabilité et de qualité de l’information
L'excès d'information confronte tout internaute à sa propre
ignorance en matière de pilotage dans un
océan d'informations
souvent difficiles à hiérarchiser, à vérifier
: c'est le syndrome de la bibliothèque de
Babel qu'avait imaginée
Jorge Luis Borges, dans laquelle se trouvent tous les livres écrits
et à écrire
(dans toutes les
langues et toutes les écritures).
Comme dans cette
bibliothèque de Babel, beaucoup d'informations se trouvent sur le
Net, avec toutes leurs
variantes et approximations;
rien ne garantit la véracité des données; une rumeur
et une info vraie se valent,
comme l'a montré
l'affaire Lewinsky, premier événement médiatique dans
le quel le Web a largement
mené la danse.
Les sources de l’information sont de plus en plus incertaines
L'aspect le plus problématique d'Internet est la fiabilité
très inégale des informations qui y sont dispensées.
On a pu voir des
journalistes chevronnés, comme Pierre Salinger en 1996, se
ridiculiser en exploitant des
documents totalement
fantaisistes.
ex : la publication
à la une de France-Soir d'une photographie censée représenter
l'accident de la princesse
Diana, qui s’est
avérée autant fausse que macabre.
De même, dans les sources non authentiques se trouvent les clones
de sites officiels. Une autre source
d'erreur, mais qui
menace plutôt les novices, consiste à étendre
la crédibilité institutionnelle d'un site au
contenu de ses sous-domaines.
Or les serveurs les plus académiques regorgent de théories
farfelues en tout
genre ; nombreux
sont les organismes, en particulier les universités, qui hébergent
des pages personnelles
(étudiants,
salariés, membres) sans que celles-ci les engagent en rien.
La faute en incombe à la dilution des informations et à la
multiplication des intermédiaires, plus ou moins
qualifiés
et plus ou moins rigoureux, entre la source première et le document
visité.
Finalement, avant l'ère des réseaux, les journalistes travaillaient
en général sur des documents de première
ou de seconde main.
Le problème avec Internet, c’est qu’il devient très difficile
d'évaluer par quel
bouche-à-oreille
électronique l'information est arrivée. D'autant que le Web
compense son manque de
fiabilité
par la profusion de témoignages similaires. Là encore, l'effet
de masse constitue une dangereuse
séduction
à laquelle les journalistes doivent résister afin de conserver
leur éthique.
La course au scoop prend le pas sur la recherche d’une information sure et de qualité
l'Internet est par excellence le média de la vitesse, disponible
24h sur 24, sans frontières géographiques
et qui offre la
possibilité de faire le tour de la planète en quelques secondes.
La menace qu'une
information, même incertaine, soit diffusée sur le Net avant
les autres media pousse ces
derniers à
une infernale course au scoop, au risque de diffuser des informations erronées
ou prématurées, et
par là-même
de semer la confusion.
Le risque de dérapage du journaliste augmente avec la pression de
plus en plus forte du temps. Dans
cette course au
scoop, l'information précède souvent son annonce officielle.
Tant que l'information est de
source sûre
et contrôlée, le scoop a de grandes chances d'être vrai.
Mais le tourbillon de l'information
permanente peut
finir par mettre une telle pression que certains peuvent être tentés
de publier avant
vérification...
Cela concerne tous les médias, y compris la presse écrite,
quelle que soit la crédibilité de départ.
L’instantanéité nuit à la nécessité du recul et de la vérification des informations
L’instantanéité est source de débordements, comme
en témoignent les surenchères dont Internet est
le support concernant
les frasques réelles ou supposées du Président Clinton.
( Le "Monicagate" )
Il est clair que
la rapidité de l’information peut provoquer des risques de dérapage
et de désinformation.
Internet ne constitue
pas en tant que tel un danger mais oblige le journaliste à être
beaucoup plus vigilant
que pour un média
traditionnel.
Le contenu de certains sites dits de journalisme est plus que douteux
:
Vu la facilité de la publication de pages sur le Net, des sites
tels celui du journaliste auto-proclamé
Matt Drudge, peuvent
concurrencer la production authentique d'informations journalistiques.
Son site
recense un large
éventail de rumeurs et pseudo-scoops virtuels sous une étiquette
de journalisme. Or la
plupart de ses informations
ne sont absolument pas fiables. Matt Drudge est l’exemple type des déviances
auxquelles peut
aboutir la profession de journaliste à cause d’Internet.
( portrait de Matt
Drudge par "Libération", lors du Monicagate )