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Quelle définition pour l’éthique ?

        A la fin du XXè siècle, l’éthique a connu un regain d’intérêt sans précédent ; les hommes ont pris
  conscience d’un certain nombre de dangers inhérents au développement des pratiques notamment médicales
  et scientifiques. Mais, l’éthique est l’affaire de chaque homme qui, par son éducation, sa culture, a acquis
  des principes, une morale, des valeurs… ou ne les a pas acquis ; alors il n’y a certainement pas de consensus
  total sur l’éthique. Il convient donc de s’essayer à une définition satisfaisante de l’éthique, eu égard aux
  préoccupations grandissantes qu’elle sous-tend.

        Plusieurs acceptions de l’éthique ont été avancées, qui diffèrent selon leurs auteurs :
  Ainsi, pour le philosophe P. Ricoeur, l’éthique relève du bien, la morale recouvrant le domaine de l’obligation.
  Le scientifique J. Bernard propose une définition plus élaborée :  deux origines étymologiques de l’éthique :
  le terme « ithos », qui signifie la tenue de l’âme, le style, au sens dans ce mot dans la France classique :
  « le style, c’est l’homme », et le terme « ethos », complémentaire du premier, peut désigner l’ensemble des
  normes nées du respect dans la mesure. L’éthique est une science qui prend en considération l’ithos et l’ethos.
  Elle est la garantie de l’harmonie qui résulte de la bonne tenue de toute chose, de tout acte, de l’accord entre
  l’âme et le développement. Elle suppose une action rationnelle, elle est le propre de l’homme.

        Ethique et morale sont deux notions proches ; seulement, la tradition catholique préférera parler de
  morale, et la tradition protestante d’éthique. Aujourd’hui, le mot morale est singulièrement dévalorisé.
  On le remplace volontiers par celui d’éthique, considéré comme plus moderne. Si l’on part de la définition
  que donne le Robert de la morale, on constate qu’il s’agit d’une science du bien et du mal qui soumet la
  conduite de l’homme à des règles (devoirs) en vue du bien. Il précise que ces règles de conduite sont considérées
  comme valables de façon absolue.
        L ‘éthique nous semble devoir être appréhendée comme la science de la morale, l’art de diriger la conduite
  selon la morale, selon ce qui doit être considéré comme bien « de façon absolue ». En réalité, l’éthique ne cache
  pas sa volonté d’adapter ses règles à l’évolution de la science ou des domaines concernés (ici le journalisme) et,
  de manière plus générale, à l’évolution des mœurs dans une société et à une époque donnée. En ce sens,
  l’éthique introduit une tentation, celle de faire perdre à la morale sa dimension de morale absolue, et de la
  réduire à un élément adaptable.

        Quel fondement pour la morale ?

    La question est de savoir ce qui peut permettre de déterminer ce qui est bien de façon absolue. En d’autres
  termes, quelle est la source de définition du bien absolu ? Une telle recherche renvoie inévitablement à une
  réalité qui transcende les diverses approches du bien et du mal que l’on rencontre dans les différentes sociétés
  et civilisations humaines, c’est-à-dire les comportements considérés comme recommandables mas variables
  d’un groupe à l’autre. Plus fondamentalement, il est nécessaire de rechercher la vérité sur ce qu’est l’homme
  en profondeur, par delà tout ce qui peut différencier les civilisations et les valeurs sociales : cela suppose la
  reconnaissance d’une nature humaine commune à tous les êtres humains. Cette nature humaine constitue le
  socle sur lequel il est possible de rechercher ce qui fait la dignité de toute personne humaine et les
  comportements et actions compatibles avec celle-ci. C’est donc l’adéquation entre les actes et la dignité de
  l’homme, lisible dans la nature humaine, qui permet de considérer qu’un comportement est moralement et
  universellement bon, c’est-à-dire conforme à la morale naturelle.

        L’homme cherche à établir des relations toujours plus étroites et harmonieuses en direction  des réalités
  matérielles, des réalités spirituelles, et en direction des autres hommes qui sont à la fois des réalités matérielles
  et des réalités spirituelles. Dès lors, toute action visant (ou aboutissant) à empêcher systématiquement ou à
  pervertir l’expression d’une de ces aspirations par lesquelles l’homme affirme et développe sa dignité peut être
  considérée comme intrinsèquement perverse et interdite par la morale naturelle.
  Cette idée est en partie à la base d’un texte comme la déclaration universelles des droits de l’homme.
        Pourtant, malgré le caractère normatif de ce texte de référence, on constate la montée d’un relativisme
  moral grandissant qui laisserait à penser qu’aucune morale naturelle ne peut être retenue comme valable
  pour tous les hommes. Un des arguments fondamentaux  de ce relativisme est qu’une règle morale universelle
  et contraignante est une entrave insupportable à la liberté individuelle qui constitue la valeur suprême au
  dessus de laquelle rien n’existe.
        Mais de la même façon que sans règles morales il est impossible d’exercer authentiquement son libre
  arbitre qui est cette faculté d’exercer des choix conscients et lucides entre plusieurs options, de même c’est
  la morale qui permet à la liberté de s’épanouir et non pas la liberté qui définit les règles de la morale.

        Le problème de la moralisation de l’information

        Les sociétés d’information connaissent un relativisme philosophique et moral qui tend à invalider toute
  définition de critères fermes dans ce domaine : au nom de l’information des messages publicitaires ou des
  articles journalistiques développent  des attitudes de voyeurisme peu compatibles avec la dignité de l’homme
  (et encore plus de la femme).
  En outre, les journalistes peuvent refuser toute censure au nom de la morale, par exemple en invoquant le
  principe intangible de la liberté d’opinion et d’expression tel qu’il est présenté par l’article 19 de la Déclaration
  universelle des droits de l’homme de 1948 : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce
  qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre,
  sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’information que ce soit ».
  Pourtant, cette liberté est fortement limitée par la dépendance de fait induite par le recours massif à la publicité
  et les possibilités de censure indirecte que cela implique pour un organe de presse qui ambitionne une vaste
  audience. Dès lors, on ne peut que constater que les contraintes économiques viennent en premier lieu, suivies
  des contraintes légales et que les considérations morales ne sont reconnues que dans le cadre de la loi. En
  d’autres termes : aucune autonomie n’est reconnue à la morale pour pouvoir imposer ses limites au droit
  d’information des médias.
      Par ailleurs, ce relativisme se combine avec le refus de l’autocensure par les journalistes eux-mêmes.
  Ce refus d’autocensure est renforcé par les enjeux économiques de l’information de masse : le public est
  friand de révélations, d’images, de propos « scandaleux » qui sont officiellement et socialement réprouvés.
  Il convient de remarquer que ces refus d’autocensure sont passibles de sanctions légales, lorsque l’on
  envisage les médias classiques (presse, télévision, radio) ; ces réflexions sont donc encore plus pertinentes
  dans le cadre du journalisme sur l’Internet, dans la mesure où le cadre légal y est beaucoup plus diffus et
  partiel, la réglementation étant particulièrement difficile à mettre en œuvre.

        Pour les professions, on se réfère à la morale qui en sous-tend la pratique : c’est la déontologie. Mais la
  déontologie ne s’impose pas facilement. La déontologie ne s’imposerait que s’il y avait des sanctions appliquées
  en cas de manquement, or c’est loin d’être le cas ; dans les médias, c’est la loi du profit qui souvent supplante
  l’éthique. En outre, les professionnels des médias s’opposent vivement à toute censure par les Etats, au nom
  de la liberté d’expression, condition de la démocratie.

        Pourtant, il nous a semblé que cet argument ne pouvait ni ne devait faire oublier que certaines idées
  sont nocives pour l’homme (le terrorisme, les déviances sexuelles, la pédophilie, la pornographie…) ou pour
  l’existence ou la légitimité même d’une profession. Le journaliste est donc dépositaire d’une certaine
  responsabilité ; ne devrait-il pas alors se voir imposer le respect de certaine règles évidentes d’éthique ?
  (exemple : le respect de la présomption d’innocence, pour ce qui concerne la France ; à noter qu’au Japon,
  la présomption d’innocence n’existe pas ; Internet y est encore très peu développé ; on imagine les abus futurs :
  quid des droits de la défense ?).

        Pour nous, l’éthique sur Internet doit donc avant tout relever du « bon sens », de la recherche de
  ce qui est bon pour l’homme et pour la profession, et de la prohibition de tout comportement portant
  atteinte au respect de la personne humaine et à la déontologie inhérente au journalisme, dans le
  contexte de ce début de XXIè siècle.

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